Rouler en peloton

Les techniques de sillonnage

Au Québec, on devrait dire que la file indienne est la seule formation permise : en effet, le code de la sécurité routière force les groupes de cyclistes à rouler en file indienne (maximum de 15 cyclistes, le Club limite les pelotons à 8 - 10 cyclistes).

Les randonnées en groupe constituent la principale activité du Club. Le but de ces randonnées est de permettre au groupe de se déplacer en formation alignée (sillonnage), de façon à ce que chaque cycliste dépense le moins d’énergie possible. Par exemple, lorsque vous roulez entre 25 et 30 km/h, 80 % de l’énergie que vous dépensez sert à combattre la force de frottement de l’air. Aussi, le cycliste qui roule à l’avant du groupe combat la résistance de l’air, permettant aux autres cyclistes de bénéficier d’un courant d’air aspirant. Pour profiter de cet avantage, vous devez rouler près de la personne devant vous, idéalement dans un espace compris entre 15 cm et 60 cm. À plus d’un mètre et quart de distance, l’effet de sillonnage est diminué de beaucoup et à une longueur de vélo, il n’y a pratiquement plus de sillon (aussi bien rouler seul). Se maintenir aussi près les uns des autres demande beaucoup de concentration et ne peut être pratiqué que par ceux qui ont de bons réflexes et plusieurs kilomètres d’expérience en sillonnage.

Fait important à considérer : les cyclistes ne sont pas tous à l’aise à rouler en formation serrée. Utilisez ces techniques seulement lorsqu’elles sont appropriées au type de randonnée que fait votre groupe. Certains ne les utiliseront qu’à l’occasion de vents forts, quelques-uns simplement pour faire changement, et d’autres en tout temps. L’important est de les connaître, et de savoir en faire bon usage.

Les relais

Avant de parler de techniques de sillonnage, il est important de mettre en évidence l’importance du relais.

La première règle à suivre est de vérifier si un véhicule s’en vient par l’arrière ou par l’avant:

Si un véhicule arrive par devant, il est risqué de passer le relais, car un véhicule arrivant par l’arrière, et qui aurait l’idée de dépasser le peloton, serait en difficulté;
Si un véhicule arrive par l’arrière et que vous vous tassez soudainement pour passer le relais, les risques sont grands que ce véhicule vous frôle (au mieux) ou vous frappe (au pire).

La seconde règle à respecter est d’éviter de passer le relais dans une courbe ou une côte : en effet, dans de telles conditions, il est impossible de savoir si des véhicules arrivent en sens inverse. Le meilleur endroit pour passer le relais est la ligne droite, dégagée de tout trafic. De plus, passer un relais dans une côte signifie presque assurément que vous vous ferez larguer : vous êtes en effet fatigué et des forces fraîches vont attaquer la côte à un rythme que vous aurez beaucoup de mal à soutenir. Passez donc le relais bien avant la côte ou mieux encore, imposez votre rythme plus lent au peloton.

Troisième règle : n’attendez pas d’être épuisé avant de céder votre place. En effet, quand vous arrivez en queue de peloton, il faut toujours fournir un effort pour se raccrocher. Si vous n’avez plus de forces, vous aurez du mal à suivre le peloton et vous risquez de vous faire larguer! Lors de forts vents, un relais toutes les minutes n’est pas inhabituel. Vous pouvez aussi vous entendre avec les membres de votre peloton sur une distance pour les relais (500 m ou 1 km).

Si la voie est libre, indiquez, par un geste ou de vive voix que vous avez l’intention de passer le relais. Tassez-vous lentement sur votre gauche et laissez-vous glisser jusqu’à l’arrière du peloton tout en continuant à pédaler afin de pouvoir réintégrer facilement le peloton. Soyez vigilant, car il faut parfois fournir un effort important pour s’accrocher au peloton qui roule plus vite que vous! Le dernier cycliste du peloton devrait vous dire qu’il est le dernier vous permettant ainsi de vous cacher rapidement derrière lui.

Si une voiture arrive alors qu’un relais est en cours, laissez immédiatement le cycliste relayeur réintégrer dans le peloton pour le protéger.

Lorsque vous prenez la tête du peloton, svp gardez le même rythme et la même vitesse : pensez à celui qui vient de passer le relais, qui est probablement fatigué et qui devrait fournir un plus grand effort pour se raccrocher au peloton si celui-ci accélérait tout à coup. Si vous estimez que la vitesse moyenne du peloton doit augmenter, allez-y très graduellement. Soyez également attentif à la réaction de vos compères : ça ne sert à rien de les brûler pour finalement se retrouver seul à l’avant!

Si vous êtes vraiment épuisé et que vous voulez néanmoins continuer avec votre peloton, restez à l’arrière du peloton et, lorsqu’un relayeur arrive à votre niveau, indiquez-lui de passer devant afin de rester le dernier du groupe.

La montée

Comme il est difficile de rester regroupé lors d’une montée, le peloton doit se discipliner : les plus rapides peuvent ralentir en haut de la côte, mettre le pied à terre pour attendre les autres ou encore redescendre une partie de la côte pour encourager les moins forts. Dans tous les cas, le peloton doit retrouver graduellement son rythme de croisière après la côte.

Les grimpeurs plus rapides ne doivent jamais dépasser par la droite les cyclistes plus lents. Annoncez vos intentions et dépassez toujours par la gauche. Surtout, ne passez jamais au-delà de la ligne médiane de la route.

Pour bien réussir votre montée, sachez gérer votre effort en évaluant la côte à l’avance. Restez assis le plus longtemps possible et n’attendez pas d’être épuisé avant de changer de braquet. Le rythme idéal dans une montée devrait être celui qui permet un effort suffisamment grand pour atteindre le sommet assez rapidement, tout en vous procurant un certain bénéfice d’entraînement.

Le secret pour réaliser une montée régulière sans trop de peine consiste à appliquer toute la puissance sur les pédales pendant la rotation entière. De la même façon que vous poussez sur les pédales, vous devriez les tirer vers l’arrière et vers le haut, pour ensuite les pousser à nouveau vers l’avant et vers le bas. Gardez le haut de votre corps et vos bras détendus, vos mains posées sur les manettes pour dégager au maximum votre thorax. Concentrez-vous afin de respirer régulièrement et profondément, en vous efforçant de trouver le même rythme que votre coup de pédale.

Lorsque vous ne pouvez plus appliquer suffisamment de puissance pour maintenir votre cadence, il est temps de vous lever sur vos pédales : on appelle cela monter en danseuse. Vous pouvez également vous lever occasionnellement pendant les longues montées, même si vous n’avez pas besoin de le faire, simplement pour étirer vos jambes. En vous levant, vous pouvez changer pour un braquet plus élevé et ainsi maintenir la même cadence que vous aviez lorsque vous étiez assis. Dans la même logique, utilisez un braquet plus facile au moment de vous asseoir. Bien entendu, la montée en danseuse est généralement plus énergivore et on ne peut espérer faire une longue montée ainsi.

La descente

Dans les descentes, vous devriez vous éloigner légèrement les uns des autres. À l’avant, le meneur doit adopter la position la plus aérodynamique possible et continuer à pédaler. Les cyclistes derrière lui devraient freiner légèrement, ou se laisser volontairement ralentir par le courant d’air afin d’éviter de dépasser les cyclistes à l’avant. Reformez le groupe à nouveau au bas de la pente.

Il est également possible d’effectuer des relais dans les descentes, mais cette technique ne devrait être pratiquée que par des cyclistes d’expérience dans des conditions idéales (descente en ligne droite sans trafic). De plus, seulement trois ou quatre cyclistes devraient participer à cette manoeuvre. Comme la vitesse est élevée et que l’effet d’aspiration est grand, c’est le dernier cycliste de la file qui va accélérer pour ainsi dépasser le premier dans la file. La rotation continue ainsi jusqu’au bas de la côte à une fréquence relativement élevée. La vitesse atteinte peut être impressionnante et aussi faut-il faire preuve d’une grande prudence.

Pour arriver en bas en un seul morceau et éprouver un certain plaisir, voici quelques conseils:

Levez la pédale du côté ou vous tournez : lorsqu’on aborde un virage, le vélo penche toujours; on évite ainsi que la pédale touche l’asphalte lors du virage et que vous soyez ainsi éjecté!
Sortez le genou dans la direction du virage (vers l’intérieur de la courbe) un peu comme les motocyclistes qui font de la compétition. Ce simple mouvement vous aspire littéralement dans la courbe en abaissant votre centre de gravité. Expérimentez d’abord dans des descentes faibles avec des courbes pas trop prononcées : vous serez étonnés du résultat.
Une variante de la technique précédente consiste à rapprocher le genou de la potence et à pousser sur le guidon pour ainsi pencher le vélo : par exemple, si vous virez vers la droite, vous approchez le genou droit de la potence (vous levez ainsi la pédale du côté droit) et vous poussez le cintre (dans la zone courbée du guidon) avec la main droite.
Regardez au loin pour voir les voitures qui approchent et ainsi ne pas vous faire surprendre si vous êtes un peu trop à l’extérieur dans la courbe.
Une courbe se prend toujours de l’extérieur vers l’intérieur : si vous virez à droite, vous devez d’abord vous positionner le plus possible à gauche de la chaussée pour ensuite corriger votre position le plus possible vers la droite lorsque vous êtes à l’intérieur de la courbe. Soyez très vigilant lors de ces manoeuvres (trafic automobile et gravillon dans les courbes).
Utilisez les deux freins (avant et arrière) pour éviter de bloquer vos roues.
Si vous êtes chargés et qu’il fait chaud, arrêtez à l’occasion pour éviter la surchauffe des jantes qui peuvent faire éclater vos pneus.

Les trucs du métier

Voici en vrac quelques conseils pour rouler « plus mieux, genre » :

La cadence de pédalage idéale se situe aux alentours de 80 à 90 tours minute. Si vous n’avez pas la cadence sur votre compteur, comptez le nombre de fois que votre genou droit monte dans un intervalle de 15 secondes et multipliez par quatre. Plus vous serez capable de tenir une cadence élevée, meilleures seront vos relances. Bien entendu, votre cardio sera plus sollicité!

Pédalez tout le temps : même dans les descentes! Vous aurez ainsi un rythme plus constant ce qui sera certainement apprécié des cyclistes qui vous suivent.

Pédalez « rond » : apprenez à pousser et tirer en même temps sur les pédales. Avec des fixations automatiques et de bonnes chaussures, vous serez étonné de la puissance que vous pouvez développer.

Apprenez à tenir le guidon d’une seule main tout en restant stable : vous serez ainsi en mesure de boire ou manger en roulant. Les plus habiles peuvent lâcher complètement le guidon. Assurez-vous cependant de ne pas être suivi de trop près lorsque vous faites de telles manoeuvres.

Hydratez-vous régulièrement : buvez avant d’avoir soif. Si vous avez soif, vous êtes déjà déshydraté! Apportez de préférence un bidon de boisson énergétique et un bidon d’eau. Dans le même ordre d’idée, mangez avant d’avoir faim. Votre dépense énergétique est énorme, surtout si vous faites 4 ou 5 heures de vélo. De plus, n’oubliez pas que le repas le plus important est le souper de l’avant veille.

Ne partez pas une randonnée en trombes : laissez le temps à votre peloton de se réchauffer (10 - 15 minutes) avant d’atteindre la vitesse de croisière annoncée.

Finalement, soyez zen et profitez au maximum du paysage!